Demain, quel asile?
Luise Druke*
administrateur
principal charge des Affaires europeennes, Haut Commissariat des Nations Unies
pour les Refugies
(UNHCR), Bruxelles
(Published in: vivant univers, a.s.b.l. Grands Lacs,
Revue chretienne de la promotion humaine dans le monde, No. 404,
Mars-avril 1993, pp. 32-37)
La
notion d'asile suscite bien des interrogations et des controverses au sein
d'une
Parallelement
à l'augmentation du nombre des demandes d'asile de la part de ceux qui sont
forces de fuir des situations de violence et de persecution, un autre phenomène
vient grossir le flux des etrangers cherchant l'accès au territoire europeen:
celui des migrants economiques. En effet, les mauvaises conditions de vie
sociale et economique dans nombre de pays n'offrent aux populations d'autre
horizon que celui de la fuite à la recherche d'une vie plus digne. Là où les
possibilites d'alternative sont inexistantes, ces migrants économiques
utilisent les mécanismes de l'asile et mettent ainsi en péril l'institution
même de l'asile, tandis que les structures d'accueil existantes sont debordees.
Ces
facteurs exercent un effet combiné sur la volonte politique, sur les ressources
et sur la compassion du public à une epoque où la plupart des regions du monde
subissent un declin economique. La complexite de la situation a des
implications au niveau de l'assistance humanitaire, mais aussi au niveau de la
recherche de solutions satisfaisantes en ce qui concerne la protection que
doivent assurer les Etats et le Haut Commissariat des Nations Unies pour les
Refugies (UNHCR).
Le
traitement reserve aux demandeurs d'asile est basé sur des standards differents
selon les pays. Ici, ils recevront assistance et protection, là ils ne
recevront rien. Dans les pays d'asile traditionnels surtout, les autorites
competentes font quelquefois usage d'un statut de refugies humanitaires non couvert
par la Convention de Geneve, et ce, dans des situations d'urgence particulieres[1].
L'adaptation
des normes universelles existantes aux nouvelles exigences regionales et
internationales constitue un reel defi. Cest pour cela que les Etats et le
UNHCR prennent en consideration la
question d'un eventuel elargissement, sur base de la notion de refugie, à des
personnes ne tombant pas sous la protection de la Convention de Genève de 1951,
du Protocole de 1967 ou d'instruments regionaux.[2]
Un tel cadre international de protection requiert toutefois une prudente
attention; il est actuellement etudie et developpe par les Douze de la
Communaute europeenne.
Le
nombre de personnes à qui l'on permet de s'installer de facon temporaire ou
permanente est important
tout comme le nombre de cas rejetes, d'ailleurs. Il faut des lors garantir à la
fois l'acces à la procedure et le maintien de l'institution de l'asile.
L'Europe des personnes
La
resurgence des vieux demons de la xenophobie, la lourde augmentation des courts
administratifs dans le traitement des demandes d'asile, l'absence d'une
politique concertee entre les divers Etats ont accelere reunions et discussions
dans bon nombre d'enceintes. Actuellement, plus de trente organes, entitos ou
groupes debattent ces questions. Rien qu'en 1992, plus de 120 reunions ont ete
organisees sur le sujet.
Les
Accords de Schengen constituent pour
l'Europe un veritable effort dans le sens du partage de la charge que peut
representer laccroissement
des demandes d'asile.
Schengen (du nom
d'un village luxembourgeois) designe un groupe de pays ayant signe, en juin
1985 et en juin 1990, les accords et la convention d'application du meme nom.
Ce sont les pays du Benelux, l'Allemagne et la France, qui ont ete rejoints par
l'Italie en décembre 1990, par l'Espagne et le Portugal en juin 1991, et par la
Grèce à la fin de 1992.
Ces
accords ont ete conçus en vue de la suppression de tout controle des personnes
aux frontieres communes des signataires. Ils determinent les mesures à prendre
pour le traitement des demandes d'asile, la poursuite policiere au delà des
frontieres, la detention d'armes, l'entraide judiciaire, l'extradition et
l'assistance mutuelle entre les administrations douanieres et policieres.
L'article
8a du Traite de Rome amende par
l'Acte Unique (1986) prévoit que la
Communaute doit adopter des mesures ayant comme but d'etablir progressivement
le marche interieur, espace sans frontières interieures dans lequel la libre
circulation des biens et des personnes, des services et des capitaux est
assuree, avant le 31 decembre 1992.
La
Commission européenne a attiré l'attention du Conseil et du Parlement sur ce
point. Malgre le manque de progres dans la realisation de ce programme, l'espoir
reste vif que l'abolition des frontieres puisse aussi se faire au benefice des
personnes.
Le
Traite de Maastricht (Traite sur
l'Union europeenne) constitue un jalon dans ce developpement; il fournit des
bases supplementaires en matiere de visas et de cooperation au niveau de la
Justice et des Affaires interieures, ce qui ouvre la porte à la
communautarisation de la politique d'asile et d'immigration pour 1994.
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Traite sur l'Union européenne et
asile
Parmi
les nombreuses dispositions qui regiront le Traite de Maastricht, certaines
touchent à l'asile.
Il
s'agit pour le Conseil europeen de determiner les pays
tiers
dont les ressortissants devront être munis d'un visa lors du franchissement des
frontières des Douze. Statuant à la majorite qualifiee, le Conseil, sur
proposition de la Commission et après consultation du Parlement européen,
instaurera un visa type (Art. 100c). Ceci est la seule matière qui sera incluse
dans le cadre communautaire après la ratification du Traite.
Pour
ce qui regarde la cooperation intergouvernementale en matiere d'affaires
juridiques et interieures, le Conseil pourra adopter des positions, actions ou
conventions communes sur la politique de l'asile, sur les règles de passage des
personnes aux frontieres exterieures de la CE et sur le controle de ces regles.
En
attendant la ratification du Traite, le Parlement europeen a etabli la
Commission des Libertes Publiques et des Affaires Interieures qui, au cours de
sa première année d'existence, a traite differentes questions sur l'asile,
l'immigration et Schengen... En outre, le Parlement a transformé la Commission
des Affaires politiques en Commission des Affaires Etrangères et de la Securite
qui, elle-meme, a institue une
sous-commission des Droits de l'homme chargee des questions relatives aux
Droits de l'homme et aux refugies en dehors de la CE.
Le
travail de ces différents organes sera bien entendu primordial etant donne que
la CE doit developper une vue plus globale qui devra prendre en consideration
les tensions entre souverainete et protection des droits fondamentaux.
Dans
ces domaines, le Parlement européen n'a pas reellement gagne de compétence
decisionnelle
et donc d'influence
mais il sera obligatoirement informe et devra rendre un avis consultatif.
En
pratique, les questions d'asile continueront, dans un futur proche, d'etre
traitées dans le cadre intergouvernemental.
Qu'en est-il des recommandations du
UNHCR?
Concernant
les resolutions touchant à l'asile et adoptees par les ministres responsables
de l'immigration à Londres à la fin de 1992, le UNHCR a ete invite à exprimer
son opinion sur la question. Certaines de ses recommandations ont ete suivies,
d'autres n'ont pas suffisamment ete prises en consideration.
Il
est vrai que le HCR se rejouit de l'harmonisation du droit et de la politique
d'asile au sein des Etats européens, mais il ne faut toutefois pas perdre de
vue la responsabilite de la communaute internationale. Cest elle
qui doit trouver des solutions globales au problème des refugies et de ses possibles
implications pour l'exercice effectif du role de protection internationale que
tient le UNHCR partout dans le monde. Cette harmonisation doit donc absolument
s'aligner sur la Convention de 1951 et le Protocole de 1967, qui etablissent
les principes fondamentaux du statut des refugies.
*
La
premiere resolution adoptee à Londres est relative aux demandes manifestement non
fondees
(par exemple, des cas de fraude deliberee, d'abus de la procedure d'asile...).
Il est vrai que des demandes abusives encombrent lourdement la procedure de
determination du statut de refugie et, par consequent, retardent la
reconnaissance des refugies politiques et mettent en peril l'integrite meme de
l'institution du droit d'asile. Cette resolution comprend un nombre d'elements
positifs comme la garantie donnee par les gouvernements de se conformer à la
Convention de Genee de 1951, l'autorisation donnee à certaines personnes de
sejourner sur le territoire pour d'autres raisons fondees que celles couvertes
par la Convention de Geneve... Ce sont là des elements cruciaux pour le UNHCR.
Concernant
le traitement des demandes d'asile, le UNHCR met les gouvernements en garde
contre le recours automatique aux procedures
accelerees
de tous les cas manifestement
non fonde.
En effet, ces cas sont de nature parfois très complexe; le risque de ne pas etre
equitable doit justifier une vigilance redoublee et plaider parfois pour une
procedure normale.
*
La
deuxième resolution concerne les pays
tiers d'accueil
et vise à repondre à la preoccupation des gouvernements concernant les
demandeurs d'asile ou les refugies qui quittent de maniere irreguliere des pays
qui leur avaient dejà accorde protection ou des pays où ils avaient une reelle
possibilite de demander protection.
Le
UNHCR attache une importance particulière à une necessaire evaluation de la
situation dans le pays en question avant qu'une demande d'asile y soit envoyee.
Cette exigence a ete prise en compte et les Etats membres ont accepte de s'y
soumettre pour chaque cas individuel.
D'autre
part, le UNHCR a recommandé d'obtenir l'accord de ce premier pays d'accueil
pour le renvoi du refugie afin d'eviter les risques de refoulement et de mise sur
orbite,
c'est-à-dire que le refugie ne fasse l'objet d'un renvoi d'un pays à l'autre.
Le UNHCR a aussi mis l'accent sur la necessite que ce concept de pays tiers ne soit
pas applicable pour une personne qui n'a ete qu'en transit dans un autre pays
avec lequel elle n'a aucune attache et dans lequel elle n'a eu aucun contact
avec les autorites.
*
Le
troisiem text est une Conclusion qui s'attache aux pays dans lesquels n'existe
generalement pas de risque serieux de persecution, mais qui malgré tout produisent un nombre
assez, eleve de demandes manifestement infondees (Roumanie, Pologne,...). Il
est vrai que, ces nombreuses demandes pesent lourdement dans la procedure
d'asile, mais toutefois le UNHCR recommande la prudence, meme si le pourcentage
de veritables refugies peut etre faible.
Inquietudes du UNHCR
Un
certain nombre de points, qui requièrent une garantie legale, soulevent quelque
inquietude de la part des defenseurs de la Convention de Geneve.
Ainsi,
par exemple, les accords de Schengen mettent en exergue l'autorisation
d'entree
devolue par un Etat membre à un demandeur d'asile. Le pays fournissant cette
autorisation d'entree sera d'office responsable de la procedure et du
traitement du dossier du candidat en question. Cela paraît d'une logique
implacable. Il y a cependant danger dans la mesure que les Etats pourraient
avoir tendance à renforcer leur systeme d'entree (politique de visas).
D'un
autre cote, il est evident que, la plupart du temps, un refugie craint les
autorites de son pays et doit fuir precipitamment. Comment pourrait-il alors
rassembler les documents et les preuves necessaires, pour son admission dans un
pays d'asile? Le, UNHCR s'insurge donc contre des mecanismes comme les
sanctions infligees aux compagnies aeriennes si ces sanctions empêchent que des
personnes en besoin de protection trouvent acces au territoire et à la
procedure d'asile. Ce mecanisme contribue en effet à eriger en juges des
personnes qui ne sont pas qualifees en matiere d'asile.
Strategie du Haut Commissaire
Pour
le Haut Commissaire du UNHCR, les priorites d'une strategie europeenne doivent
etre de proteger tous
ceux qui en ont besoin
et d'eviter à tout prix le renvoi d'un demandeur d'asile vers une zone de
danger.
Une
claire distinction doit etre distinction entre les refugies fuyant la
persecution ou la mort, et les migrants fuyant la pauvrete et les mauvaises
conditions economiques de leur pays. L'institution de l'asile doit etre
protegee et ne pas faire l'objet d'abus.
D'autre
part, l'accent doit etre mis sur la necessite d'accorder une meilleure
assistance aux refugies dans les parties du monde les plus pauvres, ce qui
devrait permettre à la fois aux pays d'accueil de pouvoir continuer à octroyer
l'asile et aux pays d'emigration de promouvoir des solutions locales.
La
prevention est desormais un des principes majeurs qui doivent guider le travail
du UNHCR et celui de la communaute internationale. Prevenir c'est guerir. Eviter au
mieux les flux de refugies par le biais d'une promotion concertee et objective
des Droits de l'homme et d'une politique de developpement durable. Le respect
des droits fondamentaux en general et la protection des droits des minoritée en
particulier sont primordiaux à l'etablissement et à la continuation du
developpement des Etats democratiques.
Enfin,
l'information publique au sens large du terme constitue une des principales
cles pour la maîtrise de futurs mouvements de population.
Quel heritage laissera l'Europe?
Les
activites en matière d'asile en
Pour
les actions bilaterales, les secteurs qui traitent de l'asile, de la migration,
des Droits de l'homme, de l'aide economique, du developpement doivent etre
reunis dans un meme combat. Dans les actions multilaterales, les organisations
universelles et regionales, ayant des soucis semblables, doivent joindre leurs
forces et leurs energies.
Nous
devons regarder plus loin que le seul interet national de clocher, qui ne peut conduire qu'à
l'echec. Le nouveau climat dans les relations internationales offre un espoir
d'ouverture pour l'avenir; l'opportunite est à saisir à pleines mains.
Madame
Ogata souhaite vivement engager le UNHCR dans un dialogue avec les
gouvernements europeens, les chefs des secteurs politiques, les organismes non
gouvernementaux, les milieux d'affaires, les organisations internationales et
régionales afin de mettre en place une strategie globale sur le mouvement des
personnes en
Allant
vers l'an 2000, l'Europe est à la croisee des chemins et doit faire le bon
choix sur les questions essentielles:
L'Europe
va-t-elle tourner le dos à ceux qui fuient la persecution ou va-t-elle
continuer d'etre fidele à sa tradition de preservation des droits de l'oppresse?
L'Europe
va-t-elle ériger de nouveaux murs sachant qu'ils sont faits pour être sautés ou
abattus?
L'Europe
va-t-elle contribuer à combler l'abîme qui separe l'Est de l'Ouest et le Sud du
Nord ou fermera-t-elle les yeux sur l'avenir commun de notre monde?
Les pays
riches auront-ils le courage de s'engager politiquement et economiquement pour
vaincre les
Quel
heritage l'Europe laissera-t-elle à ses enfants[3]?
Un froid pays
Tout
ce qui m'etait cher est perdu,
Bijoux,
maison et fils
Je
me trouve sur cette terre froide
Et
reve d'un soleil tropical.
Dans
mon pays,
Deception.
Des
jeunes gens armes drilles
Pour
faire une guerre insensee.
Des
gens poussent d'autres gens
A
briser des annees de prudente construction.
Est-ce
que la vie continue
Dans
cette tempete de guerre insensee?
Je
suis un refugie
Dans
ce froid pays,
J'essaie
à nouveau de construire quelque chose,
Je
me torture les meninges pour apprendre
et
pour parler,
Je
me debats pour vaincre
La
solitude tant redoutee.
Mon
esprit est comme un tamis,
Il
ne peut retenir les valeurs
D'une
culture etrangere.
Je
vois ma Patrie
Toute
dechiree et aneantie.
Je
ferme les yeux
Afin
de pouvoir tout pleurer.
Je
serre le poing
Et
je vois un froid, froid pays.
Ranjani
Mendis
Photo 1
Une
ressource pour la population rapatriee au Cambodge: la fabrication de sucre à
partir de la fleur d'un palmier local.
Photos 2 et 3
Demandeurs
d'asile en
Quels
que soient les problèmes qu'ils ont à résoudre, les pays d'Europe se trouvent
dans le
[1] Par example, pour laccueil des
refugies ex-yougoslaves en Belgique. (Ce statut nempêche pas une
personne de recourir à la procedure normale de
reconnaissance, mais il permet dagir avec plus de
rapidite.)
* The views expressed here are those of the
author and do not necessarily reflect those of the UNHCR or the UN.
[2] EC/92/SCP/CRP5, 2 avril 92; 18th meeting of the Executive Commitee of
the High Commissioners programme, P1,2.
[3] Declaration de Madame Sadako
Ogata, Haut Commissaire des Nations Unies pour les Refugies à la Conference
internationale de lAkademie Graz: Fortress Europe?
Refugees and Migrants: their Human Rights and Dignity,